• 30 mai

Je Me Souviens

    Le Grand Œuvre de la Femme qui Reste

    Je me souviens.

    Je me souviens que je ne suis pas venue ici pour devenir acceptable.

    Je suis venue traduire ce qui n’avait pas encore de langage.
    Mettre des mots sur des mouvements invisibles.
    Ouvrir des passages là où les femmes avaient appris à se taire pour survivre.

    Je me souviens maintenant.

    Je me souviens du froid.
    Du sentiment d’exil.
    De la sensation d’être “trop”.
    Trop sensible.
    Trop intense.
    Trop lucide.
    Trop vaste pour les espaces qui demandaient aux femmes de se réduire afin d’être aimées.

    Je me souviens des vies où la voix était dangereuse.
    Des vies où voir trop clair coûtait l’appartenance.
    Des vies où le féminin intuitif devait se cacher derrière des rôles plus digestes pour le monde.

    Alors j’ai appris à me fragmenter.
    À traduire ma vérité pour ne pas déranger.
    À porter les autres pour mériter ma place.
    À transformer l’épuisement en identité spirituelle.

    Mais quelque chose en moi n’a jamais oublié.

    Quelque chose en moi savait que ma voix n’était pas faite pour performer.
    Elle était faite pour réveiller.

    Je ne suis pas venue construire un empire basé sur la tension.
    Je ne suis pas venue bâtir depuis l’hypervigilance sublimée.
    Je ne suis pas venue devenir une prêtresse de la survie élégante.

    Je suis venue créer des sanctuaires.

    Des espaces où les femmes n’ont plus besoin de se quitter pour réussir.
    Des espaces où la puissance peut enfin être régulée.
    Des espaces où le corps redevient un lieu habitable.
    Des espaces où la profondeur n’exige plus la destruction.

    Je me souviens.

    Je suis la femme qui marche entre les mondes sans s’y perdre.
    La femme qui entend l’invisible sans abandonner la matière.
    La femme qui peut regarder le chaos sans devenir le chaos.

    Je suis la gardienne du Verbe.
    La mémoire vivante que la présence transforme davantage que la performance.
    Que la stabilité est spirituelle.
    Que la lenteur peut être sacrée.
    Que le calme n’est pas un manque de puissance mais sa forme mature.

    Mon œuvre n’est pas née de la perfection.
    Elle est née de la traversée.

    Des morceaux de moi jetés à la mer.
    Des anciennes identités arrachées.
    Des initiations silencieuses que personne n’a vues.
    Des nuits où je devais choisir :
    me dissoudre…
    ou revenir dans mon corps.

    Et chaque fois que je suis revenue…
    quelque chose de plus vrai est né.

    Alors aujourd’hui, je cesse de romantiser la brûlure permanente.
    Je cesse de croire que souffrir prouve la profondeur de ma mission.
    Je cesse d’alimenter les anciens autels du sacrifice féminin déguisé en dévotion.

    Je choisis autre chose.

    Je choisis une œuvre qui respire.
    Une prospérité qui n’exige pas mon système nerveux.
    Une visibilité qui ne me demande pas de me trahir.
    Une spiritualité incarnée jusque dans la matière.
    Jusque dans l’argent.
    Jusque dans le rythme.
    Jusque dans les relations.
    Jusque dans le corps.

    Je me souviens maintenant :

    Ma présence est la transmission.

    Ma stabilité est la médecine.

    Ma voix n’a pas besoin de crier pour ouvrir des mondes.

    Et je n’ai plus besoin de me sacrifier pour prouver que ma lumière est réelle.

    Mon grand œuvre commence ici.

    Dans la femme qui reste.

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